Commence alors la grande lumière du sud-ouest

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Pascal Convert, 2015 - Bègles
©Pascal Convert

©Pascal Convert

Sur le garde-corps du pont flotte une phrase de Roland Barthes, visible le jour comme la nuit.

L'œuvre

Pascal Convert a proposé d'intervenir sur un élément architectural du site de la Gare de Bègles : le pont de Birambits, trait d'union entre la station de tramway et les voies ferrées situées en contrebas, au cœur de la cité du Dorat. 

En intégrant une phrase lisible sur toute la longueur du garde-corps vitré de ce pont, Pascal Convert choisit la lumière comme vecteur et sujet de son message artistique.

"Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest" - Roland Barthes

Il raconte ainsi sa découverte du site et la naissance de son œuvre : 

« Lors de ma première visite sur le pont de Birambits à Bègles, j’ai été frappé par la présence envahissante de cette lumière qui flotte au-dessus des voies. Elle est là, suspendue entre les clochers des églises bordelaises, l’horizon des voies ferrées et la cité du Dorat. Je me suis souvenu de cette phrase de Roland Barthes en forme d’annonce : « Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest. »

Il y a plus de vingt-cinq ans, j’avais réalisé une œuvre dans mon appartement à Bordeaux en écho à cet écrivain, œuvre dont le matériau était déjà le verre et le seul motif la lumière. Mais n’était-ce pas trahir cette ancienne banlieue ouvrière, dont je connaissais bien l’histoire pour avoir longtemps travaillé sur ses militants et résistants, que de lui proposer un texte littéraire apparemment sans lien avec son patrimoine ? J’ai alors pensé aux petits fascicules publiés par les Éditions de Minuit durant la guerre, au rôle de la littérature pour soutenir l’espoir quand il n’y en avait presque plus, aux messages radio clandestins, souvent extraits de poèmes. Guillaume Apollinaire, Paul Éluard, Paul Verlaine et bien d’autres ont alors éclairé la nuit. Cette phrase simple, immédiatement compréhensible, s’est ainsi imposée comme le souvenir d’une « lumière lumineuse » qui éclaire le ciel aquitain : une promesse d’azur. » 

Publication 

La réalisation de cette œuvre s’est accompagnée de la parution de l’ouvrage Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest, écrit par Didier Arnaudet. Conçu comme un roman graphique, ce livre rassemble un grand nombre d’images et de documents inédits issus des archives personnelles de Pascal Convert. Il permet de mieux comprendre le parcours et l’univers singulier de cet artiste qui a pris le risque d’abolir les frontières séparant d’ordinaire mémoire personnelle, familiale et historique. Didier Arnaudet, Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest, éditions Confluences, 2015.

L'artiste

Pascal Convert est né en 1957, à Mont-de-Marsan. 

Plasticien, auteur de films documentaires et écrivain, la question de la mémoire et de l’oubli est au cœur de son œuvre. Il interroge l’intime, la politique et l’esthétique en utilisant des matériaux comme le verre ou la cire qui rappellent le passage du temps, de la lumière, et la rémanence du passé. 

Soucieux de transmettre aux jeunes générations l’importance de l’Histoire, et d’articuler la création plastique avec la transmission pédagogique, il complète son travail de sculpture par la réalisation de films documentaires ainsi que par des publications. 

Pascal Convert intervient depuis de nombreuses années sur le territoire girondin. Parmi ses œuvres à redécouvrir :

  • L'appartement de l'artiste, 1989, collection du Frac Nouvelle-Aquitaine ; 
  • Sans-titre, 1999, cloche sur laquelle figure un poème d'Hélène Ilkar, réalisée dans le cadre du 1% Artistique du Tribunal de Grande Instance de Bordeaux ;
  • Portails monumentaux du Jardin botanique de Bordeaux, 2003 ; 
  • Le bleu de midi et le noir de minuit, 2008, façade en verre réalisée dans le cadre du 1% Artistique de l'Institut des Sciences de la Vigne et du Vin, Université de Bordeaux, Villenave d’Ornon.

Pascalconvert.fr

Texte de référence

Texte pour l'inauguration de Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest, Bègles, le 23 avril 2015

Pascal Convert 

En cette veille de commémoration du génocide arménien et alors que le jour vacille devant nos yeux, ouvrant à une nuit que l'Etat Islamique souhaiterait infinie, cette phrase de Roland Barthes en forme de poème, Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest, j'aimerais qu'on la lise en se souvenant des étoiles qui ont illuminé le ciel quand tout semblait perdu.

En Aquitaine, c'est ici, dans cette banlieue ouvrière de Bègles, que nombre d'ouvriers de la main d'oeuvre immigrée, de la MOI, comme on disait à l'époque, ont trouvé refuge et travail. Parmi eux se trouvait le juif polonais Joseph Epstein, fusillé au Mont Valérien le 11 avril 1944. Il avait été arrêté quelques mois plus tôt avec son camarade le poète arménien Missak Manouchian.

Né en 1906, Manouchian a huit ans quand son père est assassiné par l'armée turque. Sa mère meurt de famine peu de temps après. Enfant, il assiste au massacre de son peuple avant de trouver refuge dans un orphelinat au Liban. Là, il s'est mis à écrire des poèmes. Jusqu'à l'heure de sa mort il n'a jamais cessé de croire que chaque matin, commence ici, à l'endroit où nous sommes, temps, espace et responsabilité d'être au monde réunis. Et quelques heures avant d'être fusillé, il écrivait à sa femme ces quelques lignes :

"Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis."

Sur ce pont se trouve l'espace du paysage bien sûr, mais aussi l'espace de l'histoire. Et malgré les désaccords connus entre les personnalités qui se trouvent ici réunies, il ne faut pas oublier ce qui les relie : un hommage commun à ces étrangers venus de toute l'Europe qui ont versé leur sang pour que "cette grande lumière" ne sombre pas dans l'obscurité.

Ceci n'est pas un monument, il n'impose rien, il rappelle le bonheur d'être au monde, entouré de ce paysage où la lumière défile en nuée. Tous les matins, ici, passe le tram qui emmène les jeunes vers leur lycée.

Tous les matins, ouvrant leurs yeux ensommeillés et déjà fatigués d'un monde qui ne les attend pas, ils verront cette phrase qui éclairera, je l'espère, leur journée.

En 1914, à la veille de la première guerre mondiale, le poète Vladimir Maïkovski écrivait :

"Écoutez!/ si on allume/ les étoiles/ c'est que c'est à quelqu'un nécessaire/ c'est qu'il est indispensable/ que chaque soir/ par dessus les toits/ s'allume au moins une étoile"

Pour conclure, je souhaite remercier le Ministère de la Culture et la Direction des Affaires Culturelles d'Aquitaine pour leur soutien. Et loin du sport qui consiste à dénoncer sans vergogne d'un côté l'incompétence des services publics et de l'autre l'absence d'humanité des entreprises privées, je voudrais remercier très chaleureusement et les fonctionnaires des services publics de Bordeaux Métropole et l'entreprise Fayat, manager et techniciens, pour leur compétence, leur disponibilité, et surtout leur patience puisqu'ils m'ont supporté durant quatre ans.


« Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest » - Galerie photos

« Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest » en construction

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Bègles, station Gare de Bègles de la ligne C du tramway

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Dépliant sur l'œuvre « Commence alors la grande lumière du sud-ouest »

Dépliant sur l'œuvre « Commence alors la grande lumière du sud-ouest »

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Publié le 15/07/2020

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