Denis Malvy : « La rigueur et l’audace »

Mis à jour le 3 juillet 2020

L’Université de Bordeaux est mobilisée face à la pandémie de la COVID-19, notamment à travers des projets de recherche collaboratifs. Parmi eux, l’essai thérapeutique innovant COVERAGE. Denis Malvy, expert infectiologue au CHU de Bordeaux et membre du Conseil scientifique , revient sur cette implication des chercheurs bordelais qui se poursuit.

copyright C.Goussard / Magnetic Bordeaux

Quelle est l’importance de la recherche bordelaise dans le traitement des maladies épidémiques ? 

Le CHU et l’Université de Bordeaux ont plus de vingt ans d’expérience dans la recherche sur les maladies épidémiques, comme le chikungunya, transmis par la piqûre du moustique tigre, ou les fièvres hémorragiques virales, en l’occurrence en Afrique.

Cette expertise a été mobilisée dans la réponse à la crise sanitaire de la COVID-19 dans notre pays. L’accueil des premiers patients sur le sol européen s’est effectué en France et en particulier à Bordeaux.

L’université de Bordeaux a initié de nombreux projets de recherches collaboratifs. Vous-même pilotez un essai thérapeutique innovant… De quoi s’agit-il ?

À l’initiative du CHU et de l’Université, nous avons mis en place l’essai thérapeutique COVERAGE. Son principe est d’aller vers les patients atteints de la COVID-19, avec un risque d’évolution vers une forme sévère nécessitant une hospitalisation. Le traitement en ambulatoire s’effectue en lien avec le médecin généraliste et une équipe mobile constituée d’un médecin et d’un infirmier. Intervenir en amont et précocement apporte un bénéfice aux malades tout en évitant un afflux vers l’hôpital.

Plusieurs médicaments spécifiques sont évalués en ciblant le virus responsable de la COVID-19. Il s’agit de médicaments homologués dans des indications différentes [hypertension, cancer…] chez lesquels nous avons identifié des critères pouvant être actifs dans le traitement de la COVID-19.

L’essai clinique COVERAGE a été retenu dans le cadre de l’appel à projets Flash Covid-19 de l’Agence Nationale pour la Recherche.

Peut-on dire que COVERAGE est une illustration concrète des collaborations dans le monde de la recherche ?

En effet, plus de 200 investigateurs de tous âges et de toutes disciplines ont été mobilisés en très peu de temps. Chercheurs, médecins, étudiants… Nous avons organisé une base à proximité du CHU, trouvé une flottille de véhicules et fait ce pari de lancer une étude thérapeutique en ambulatoire, ce qui est beaucoup plus complexe qu’à l’hôpital.

COVERAGE est un dispositif prêt en cas de nouvelle apparition du virus en France au cours des mois à venir. Il est également déployé à Nancy, Dijon, Paris, Toulouse et en Corse.

À titre plus personnel, quels enseignements tirez-vous de cette crise sanitaire ?

Les épidémies nous invitent à la vigilance et à l’anticipation. En tant que chercheur et soignant, une telle pandémie demande de la rigueur et de l’humilité mais celle-ci n’exclut pas l’audace. Sans cette audace, nous n’aurions pas pu monter un projet tel que COVERAGE ! Nous avons pu le faire également parce que nous avons cette expérience de vingt ans des épidémies ailleurs dans le monde. 

CHU de Bordeaux

Denis Malvy est responsable de l’Unité des maladies tropicales au CHU de Bordeaux, spécialiste des maladies infectieuses émergentes. Il est également responsable de l’axe Émergences de l’équipe Maladies infectieuses en contexte de ressources limitées au sein du centre INSERM-Université de Bordeaux.

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